Que les larmes labourent l'immensité du ciel.
Qu'elles plantent leur semence dans la matrice bleue éther,
et que de blanches colombes jaillissent et franchissent le mur impénétrable
pour nous apporter de ses nouvelles...
Aline Mopsik
Yitgadal
16 Iyar 5764 - 7 mai 2004, Pantin : 24 allées des noyers d'Amérique
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Photo Elisabeth Alimi
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Je
suis Abraham. Je suis Moïse. Je suis Hénoch et Baruch. Je peux être
aussi Esdras si vous voulez. Qu’importe mon identité puisque je suis un
nom. Un nom c’est déjà bien assez.
Je suis monté au ciel. Ne me demandez pas comment. J’ai pu rêver. J’ai pu être emporté par des anges.
J’avais
pleuré longtemps, comme un enfant capricieux. Je voulais Le voir. Je
voulais savoir qui Il était. Où Il était. Ce qu’Il faisait.
J’ai
chanté sans remuer les lèvres. Quand j’ai remué les lèvres, aucun son
n’a pu sortir de ma bouche. Mon chant, seuls les habitants du ciel
l’entendaient. J’ai franchi les sept cieux. J’ai traversé les eaux d’en
haut. J’ai plongé dans les bassins cristallins des piscines du ciel
enflammé.
J’en
suis sorti indemne, mais sans force. Je me suis approché d’un siège
imposant qui paraissait enfoui au fond d’un Palais merveilleux, à
l’extrémité d’un corridor de lumière, dans la dernière salle d’une
enfilade de sanctuaires dorés et argentés, blancs comme la neige et
embrasés comme la grêle. Au milieu du crépitement des éclairs, je me
suis avancé prudemment, chantant des mélodies pour surmonter ma peur et
pour charmer mes hôtes angéliques.
J’ai
vu que le siège tout au fond était un véritable trône royal. J’ai vu
qu’il n’était pas vide. Qu’une forme immense, comme un aspect d’homme,
se tenait sur lui. Je me suis effondré. Sans force. Mes cheveux
s’étaient hérissés sur ma tête, qui dégoulinait d’une huile qui faisait
resplendir ma chevelure et la lustrait des rayons du ciel.
Alors
je sus que j’entendais une voix qui parlait. Elle annonçait un
événement prochain, un bouleversement imminent. Mais qu’est-ce qu’une
minute pour le Roi de gloire ? Un siècle ou deux ? Un million
d’années ? J’ai écouté autant que mes oreilles pouvaient entendre
et que mes yeux étaient capables de voir. Et je suis redescendu très
vite. Mais sans tomber. J’ai refait le voyage à l’envers.
De
retour sur un sol ferme, j’ai noté tout ce qui m’était arrivé. J’avais
jeûné des jours et des jours avant ce périple. Je me suis restauré et
j’ai couché sur le papier tous les détails de ma vision. Même si cet
écrit disparaissait de la mémoire de mes descendants, d’autres après
moi referont le voyage. Ils verront à leur tour et témoigneront.
Il
n’est pas d’autre liberté que celle de voir. Il n’est pas d’autre
croyance que celle que procure la vision. Tout le reste est
arrangement, tout le reste est tromperie.
Charles Mopsik